DÉCENTRALISATION AU CAMEROUN, 30 ANS APRÈS…LES DÉFIS PERSISTENT
Célébration ce 10 Août 2026 de la Journée africaine de la Décentralisation et de la Gouvernance locale. Une initiative de l’Union africaine et de l’Observatoire africain de la Décentralisation et de la Gouvernance locale. Objectif, mettre en lumière le rôle des collectivités territoriales que sont les communes, régions et conseils régionaux. L’idée étant de rapprocher l’administration des citoyens pour un développement plus rapide.

C’est un vocable nourrit par une vision axée sur 4 grands buts :
1. Sensibiliser : Faire connaître aux populations leurs droits et le rôle des CTD;
2. Valoriser : Montrer les bonnes pratiques des élus locaux;
3. Plaider : Demander plus de transfert de compétences et de ressources financières;
4. Mobiliser : Faire de la décentralisation un levier pour les ODD et l’Agenda 2063 de l’UA.
À l’occasion de cette Journée, le Cameroun en profite pour dresser le bilan de l’implémentation de sa Décentralisation constitutionnellement instituée et promulguée le 18 janvier 1996, selon la loi n° 96/06 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972, qui consacre le pays comme un « État unitaire décentralisé ».
30 ans après…
Seulement, une trentaine d’années après le pays évolue pratiquement en dents de scie. Coincé entre transferts de compétences et réalités du terrain. Et autant dire que le chemin reste encore long. Il en ressort quelques goulots d’étranglement:
Le transfert des compétences est effectif sur le papier et lent sur le terrain
Depuis 2019, l’État a transféré aux 10 Régions et 360 communes, des compétences en Santé, Éducation, Agriculture, Routes communales. Mais curieusement, les moyens ne suivent pas toujours. De nombreuses CTD se plaignent de ressources insuffisantes pour assumer les nouvelles charges.
La problématique des finances locales
Le plus grand défi reste l’autonomie financière. Avec la dépendance aux dotations de l’État : Les fonds de la Dotation générale de la Décentralisation arrivent souvent avec retard.
Faible fiscalité locale : les communes peinent à recouvrer les taxes locales. Résultat : de nombreux projets à l’arrêt.
Dettes croisées: l’État lui-même est mauvais payeur. Cas SOCADEL : 59 milliards de créances État non payées en 2024.
Gouvernance et renforcement des capacités
Manque de personnel qualifié : beaucoup de communes n’ont ni ingénieurs, ni financiers, ni juristes pour porter les projets.
Ingérence et tutelle : Les élus locaux dénoncent encore un contrôle trop lourd de la tutelle du MINAT.
Participation citoyenne : le citoyen est encore peu associé au budget participatif et au suivi des projets.
Les inégalités territoriales
La décentralisation devait réduire les disparités. Or les Régions du Littoral, du Centre et de l’Ouest captent plus d’investissements que l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, fragilisés par la crise.
Par exemple, dans le secteur stratégique de l’Énergie, la nomination du Conseil d’Administration de SOCADEL « sans anglophone » a été dénoncée comme une dérive qui exclut des perspectives locales de la prise de décision.
Malgré tout, des avancées
– Infrastructures de proximité : pistes rurales, forages, salles de classe construites directement par les communes;
– Budgets en hausse : plusieurs Conseils régionaux votent désormais des budgets de plus de 10 milliards.
– Volonté politique : le Chef de l’État a réaffirmé sa détermination de faire de la décentralisation une « voie royale » pour le développement local.
In fine, 30 ans après, la Décentralisation camerounaise est à un tournant décisif. Elle est passée de la loi aux actes. Le défi 2026-2030 sera celui de l’effectivité : donner aux CTD les vraies ressources, les vraies compétences et la vraie autonomie. Il faut une gouvernance efficace, orientée vers les résultats.
Jean Claude Fouda Yene
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