PRÉSIDENTIELLE DU 12 OCTOBRE 2025, UN AN APRÈS : « BLESSURE » OU » CICATRICE »?
12 octobre 2025 – 12 octobre 2026, il y a un an jour pour jour, que le Cameroun se levait pour une élection qu’on annonçait historique. À cette occasion, des millions de Camerounais prenaient le chemin des bureaux de vote sous haute sécurité. Un an plus tard, que reste-t-il de cette journée, la « blessure » ou « la cicatrice »?.
Sur du papier, la page est tournée. Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats, le Président a prêté serment le 6 Novembre 2026, les institutions fonctionnent comme elles peuvent. Les Lionnes indomptables ont gagné la Can féminine 2025 pendant que leurs homologues hommes sont remontés à la 42ème place FIFA. La Commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme s’intéresse même désormais à la contribution des religions dans la promotion de la cohésion sociale et du vivre-ensemble au Cameroun. Comme pour dire que la vie a repris son cours normal.
Mais seulement, dans les tribunaux de Yaoundé, la cicatrice semble encore vive.
Le 8 octobre dernier, soit quatre jours avant cet anniversaire, le Tribunal militaire de Yaoundé a condamné 66 personnes interpellées lors des contestations post-électorales de 2025. Dans la rétribution des torts, six mois avec sursis pour certains, 15 mois ferme pour d’autres. Motifs : propagation de fausses nouvelles, rébellion, attroupement. Selon le collectif d’avocats de la défense, une centaine d’autres sont encore en attente de jugement.
C’est dire qu’un an après, le Cameroun a deux récits qui se superposent. À l’image de deux visions opposée à la « Tanga Nord » et « Tanga Sud ». Celle de la stabilité retrouvée, portée par la convocation de l’Assemblée Nationale ce 12 octobre à Ngoa-Ekélé pour préparer le budget 2027. Et celle des familles qui comptent les mois de détention pour leurs enfants arrêtés au lendemain du scrutin.
La mort, le 4 octobre 2026 à Paris, de Clément Atangana, 85 ans, président du Conseil constitutionnel depuis sa création, vient ajouter un symbole lourd. C’est lui qui, le 27 octobre 2025, avait déclaré la requête de l’opposition « irrecevable ». Le 7 octobre, la vacance de son poste a été officiellement constatée par le doyen Paul Nkwi. L’homme qui a verrouillé juridiquement le 12 octobre 2025 n’est plus là pour défendre son bilan. Son fauteuil vide interroge.
Sur le terrain du quotidien, la promesse qui devait panser avec « a » et penser avec « e », la blessure sociale patine aussi. Le 12 octobre 2025, tous les candidats avaient promis la même chose : la lumière et l’emploi.
Un an après, le barrage de Nachtigal produit bien ses 420 MW à plein régime. Mais le 7 octobre, le ministre Gaston Eloundou Essomba a dû annoncer un nouveau report : le second corridor qui doit amener ce courant à Douala est repoussé à novembre 2026. Entre-temps, les populations s’éclairent à la bougie.
Ainsi, la blessure est-elle refermée et cicatrisée? Non. Elle est en voie de cicatrisation. Le pays n’est pas en crise ouverte comme en octobre-novembre 2025. Les marchés tournent, l’école a repris, les routes sont à nouveau circulables. Mais une cicatrice qui se referme trop vite sans avoir été nettoyée laisse une infection en dessous.
Le véritable bilan du 12 octobre 2025 ne se mesure pas au nombre de kilomètres de lignes électriques posés, ni au fauteuil vide du Conseil. Il se mesure à la réponse à une question simple : un jeune qui a contesté le 12 octobre 2025 peut-il, le 12 octobre 2026, critiquer sans avoir peur de finir au tribunal militaire ?
Au bout du compte, tant que cette question n’a pas de réponse claire, la blessure reste ouverte. Et ce, malgré les yeux désormais rivés sur les municipales et législatives à venir.
Jean Claude Fouda Yene
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