BAMENDA : DIALOGUE COMMUNAUTAIRE, QUE PEUT DION NGUTE ?
Le Premier ministre, Chef du gouvernement , Joseph Dion Ngute a lancé le 15 octobre à Bamenda dans la région du Nord-Ouest, le dialogue communautaire pour la paix dans le NOSO, deux semaines après Buea dans le Sud-Ouest. Si l’approche de terrain est saluée, il n’en demeure pas moins vrai que ces régions restent paralysées. Ce format de proximité suffira-t-il pour sortir définitivement de cette crise?

Par David Roger Balla
Faire parler les jeunes, les femmes, les chefs, et demander aux amba boys de déposer les armes. C’est l’objectif affiché du vocable dit « Dialogue communautaire pour la paix » engagé par le Premier Ministre Joseph Dion Ngute, hier à Bamenda, comme il était à Buea le 28 septembre.
Ce qu’il faut dire est que sur du papier, l’intention est bonne. Rapprocher la discussion du terrain. C’est d’ailleurs ce que tout le monde réclamait depuis 2017. On a longtemps parlé du NOSO à Yaoundé sans le NOSO. Cette fois, on s’en est rapproché.
Toutefois, osons poser la vraie question : Que peut Dion Ngute ?
Que peut un dialogue communautaire quand la reprise des classes est toujours sous menace d’une ville morte décrétée sur WhatsApp ? Que peut une poignée de main avec les chefs traditionnels quand dans la même nuit, un commerçant de Mile 4 paie une taxe séparatiste pour pouvoir ouvrir sa boutique ?
Le problème n’est pas la méthode
Dion Ngute fait le tour du propriétaire. C’est utile pour recoudre le tissu social, village par village. C’est utile pour dire aux populations : l’État n’a pas déserté. Mais le problème est que ce n’est pas un règlement politique.
Car pendant qu’on dialogue avec la communauté à Bamenda, ceux qui tiennent l’arme dans la brousse, ceux qui tiennent le discours politique à Oslo, à Washington, ou ceux qui sont en prison à Kondengui, ne sont pas à la table de discussion.
Et c’est ce que dit la société civile du Nord-Ouest, sans détour : ce format de proximité est nécessaire, mais il sera insuffisant s’il ne débouche pas sur le dialogue d’en haut, le dialogue qui fâche, celui avec les leaders séparatistes.
Tenez, depuis le Grand Dialogue National de 2019, on a eu le Statut Spécial, on a eu le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration (CNDDR). Les acronymes se sont empilés. La paix, elle, n’est pas revenue.
Alors que peut Dion Ngute ? Il peut deux choses
Un : réussir à ce que ce dialogue communautaire ne soit pas un énième meeting de préfets et de militants du RDPC venus applaudir. Que la parole soit vraiment libre à Bamenda.
Deux : rapporter à Yaoundé ce qu’on lui aura dit à Bamenda. Que le fond du problème anglophone n’est pas seulement un problème de développement et de jeunes à occuper, mais un problème politique qui exige une réponse politique courageuse.
Sinon, Bamenda sera une escale de plus. Une photo de plus. Et lundi, une autre ville morte sera décrétée.
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