MAURICE KAMTO QUITTE LE MRC : LES LEÇONS D’UNE DÉMISSION
Une lettre d’une page, postée sur Facebook à 14h32. C’est ainsi que s’est achevée 14 ans d’histoire. Dans une correspondance adressée au directoire de son parti, le Pr Maurice Kamto a annoncé ce lundi 08 septembre sa démission de la présidence nationale du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Un parti qu’il a créé le 13 août 2012 avec une vingtaine d’intellectuels et d’hommes politiques.
Sur le mobile de cet acte, l’universitaire argue que je cite « Dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants, et du Peuple du Changement en général », fin de citation.
Quelques minutes après lui, son premier vice-président, Mamadou Mota, lui emboîtait le pas. Démission « mûrement réfléchie » pour, dit-il, « ne pas être l’instrument utilisé pour fragiliser le parti ». Le choc est donc immense. Mais au-delà de l’émotion, cette double démission enseigne.
1 : En politique camerounaise, l’administration reste plus forte que les partis.
Car le 19 août dernier, le Ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, dans une lettre adressée à un dissident, a refusé de reconnaître la convention extraordinaire du 21 décembre 2025 qui avait ramené Kamto à la tête du MRC. Motif : cette convention avait été interdite par le sous-préfet de Yaoundé 4.
Conséquence juridique, Kamto n’était plus reconnu comme président. Sa présence à la tête du parti devenait un blocage pour tout le MRC, assigné devant le Tribunal d’Ekounou le 24 septembre prochain.
Sa démission n’est pas seulement un acte politique, c’est un acte pour sauver le parti de l’illégalité.
2 : Un parti construit autour d’un homme est condamné à mourir avec lui.
Le MRC est né en 2012. Il n’a connu qu’un seul président. Qu’un seul candidat à la présidentielle en 2018 et 2025. Qu’une seule voix. Le départ de Kamto révèle la fragilité structurelle de l’opposition camerounaise : l’hyper-personnalisation. La convention du 10 octobre prochain à Yaoundé devra répondre à une question brutale : le MRC est-il une idéologie ou un fan-club ?
3 : Savoir partir est aussi un acte de leadership.
C’est la leçon la plus difficile à entendre pour ses militants. Depuis 2018, Maurice Kamto a incarné la résistance ponctuée par la prison en 2019, contestation, exil intérieur.
En partant, il fait ce que peu d’hommes politiques camerounais ont fait : il démontre qu’on peut quitter la présidence d’un parti sans mourir, sans trahir, et en invoquant l’intérêt collectif. Il prive le pouvoir, comme l’a dit Mota, d’une « cible de focalisation ».
Reste maintenant la leçon la plus importante, celle que le MRC va devoir écrire lui-même : comment transformer une démission en renaissance.
Jean Claude Fouda
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