SUICIDES AU CAMEROUN : LE CRI SILENCIEUX DES JEUNES
Le Cameroun se joint au reste de la communauté internationale ce 10 septembre pour célébrer la Journée mondiale de la prévention du suicide 2026. Occasion de sensibilisation sur un fléau muet qui décime la jeunesse camerounaise, non parce qu’elle veut mourir, mais parce qu’elle ne sait plus à qui parler. Suicides au Cameroun : le cri silencieux des jeunes.
Par Jean Claude Fouda
Briser le tabou, dire que ça se prévient, orienter vers l’aide, soutenir les proches. C’est en substance la philosophie qui sous-entend la pertinence de cette autre Journée mondiale de prévention du suicide, ce 10 septembre 2026. On en parle très peu ou presque pas, sauf quand l’irréparable survient.
Il avait 23 ans tout juste. Vivait dans un quartier de Yaoundé. Il a tout supprimé dans les réseaux sociaux. Son statut WhatsApp affichait « Fatigué ». Son dernier message dans un groupe Telegram disait « Je n’en peux plus ». Mais personne n’a compris que c’était un appel à l’aide. Adrien s’en est allé à la suite d’un énième échec à son baccalauréat. Comme lui, beaucoup d’autres jeunes abandonnent le combat de la survie dans cette jungle urbaine, ponctuée de vicissitudes et d’incertitudes.
Seulement, au Cameroun, on ne parle pas du suicide. On dit qu' »il s’est donné la mort », « il a fait un accident ». C’est encore tabou. Pourtant, dans les couloirs des hôpitaux, les psychiatres le constatent : les tentatives explosent, et il s’agit davantage de jeunes. C’est ni plus ni moins que l’expression d’une génération sous pression.
Car cette fois, ce n’est plus le suicide du planteur ruiné. D’un homme d’affaires en faillite. C’est celui d’un jeune qui a un Master 2 et qui vend des chaussures au marché Mokolo à Yaoundé ou Mbopi à Douala. C’est le suicide d’une jeune fille de 19 ans harcelée sur Facebook, violée et exposée sur Instagram. Celui d’un parieur qui a perdu l’argent du loyer.
En un mot comme en mille, les causes génériques sont : le chômage, la honte familiale, la déception amoureuse, l’endettement, la dépression. La propension est grandissante et inquiète de plus en plus. Dès lors, comment prévenir quand il n’y a personne pour écouter ?
Il faut noter que le Cameroun comptait 92 acteurs de la santé mentale à savoir psychiatres, psychologues et infirmiers psy pour 28 millions d’habitants, selon la cartographie 2024 de l’OMS/Minsanté.
Deux hôpitaux psychiatriques de référence : Jamot à Yaoundé et Laquintini à Douala.
Au bout du compte, le suicide n’est pas un choix. Ce n’est pas une honte ni un péché, mais une détresse qui se soigne. C’est le moment où la douleur dépasse les ressources pour y faire face. Mais parler du suicide, c’est déjà le prévenir.
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