LAC MUNICIPAL DE YAOUNDÉ : LE MIRAGE À 38 MILLIARDS
Célébration ce 27 août 2026 de la Journée mondiale des lacs, sous le thème « les lacs, source de vie ». Objectif, sensibiliser, protéger, restaurer ces espaces. Occasion pour nous de revisiter le projet de viabilisation et d’embellissement du lac municipal de Yaoundé.
Le décryptage de Jean Claude Fouda

Le lac municipal de Yaoundé… Pour les anciens, c’était la fierté de la capitale. Pour les jeunes, c’est un chantier éternel.
Et pourtant, l’argent coule à flots. Presque autant que les eaux usées du Mfoundi qui très souvent inondent la poste centrale et l’avenue Kennedy de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Dans ce sombre feuilleton, le dernier épisode remonte à juillet 2026, quand le Chef de l’État autorise un nouveau financement de 4,1 milliards de francs CFA. Un prêt pour relancer la machine. Rien que la première phase encore.
Résultat, le compteur explose. On en est aujourd’hui à 38,2 milliards de FCFA mobilisés depuis le lancement. 38 milliards pour un lac qui n’a toujours pas l’ombre d’un hôtel futuriste tel qu’annoncé.
La première phase du projet comprenait notamment le curage complet du lac, l’aménagement de voies de circulation autour et à l’intérieur du site, la construction de parkings, l’installation d’un réseau d’éclairage public, la mise en place d’infrastructures d’assainissement et de drainage des eaux, ainsi que la réservation des réseaux d’eau, d’électricité et de télécommunications. Les travaux prévoyaient également la pose de dégrilleurs pour limiter l’entrée des déchets solides dans le lac et la construction d’un restaurant en forme de nénuphar sur ses berges.
Des aménagements visant à faire du lac municipal de Yaoundé un pôle d’attractivité touristique et économique, tout en améliorant durablement le cadre urbain et la gestion environnementale de ce site emblématique de la capitale camerounaise.
Mais le rêve vendu sur la maquette… lui, est resté sur la maquette. La fameuse jetée flottante est toujours invisible.

L’embarcadère pour les petites barques, indéfiniment en attente.
Les aires de jeux modernes pour les enfants sont invisibles.
Et le grand hôtel 5 étoiles qui devait refléter ses lumières dans le lac est visiblement abandonné. Enterré. Véritable éléphant blanc. En lieu et place, on parle maintenant d’un « Centre de loisirs épuré ».
Et c’est pour ainsi dire qu’on fait plus petit, parce qu’on n’a plus les moyens des ambitions premières.
Selon les observateurs et informations recueillies à bonne source, un tel enlisement est l’œuvre de deux coupables.
D’abord, l’entreprise espagnole Elecnor. Elle a dépassé de loin les 36 mois de délai initial. Un chantier qui devait être livré en 3 ans depuis 2015, s’étire déjà en longueur sur une décennie comme un jour sans fin.
Le deuxième coupable est l’argent. Le nerf de la guerre. Les décaissements sont très lents. L’administration camerounaise et le partenaire financier ont du mal à accorder leur violon. Parfois du fait des compromissions liées aux commissions.
Quant à la phase 2, la plus ambitieuse, celle qui consistait à valoriser toute la vallée de la Mingoa jusqu’au palais des congrès, est bloquée. Faute de cash frais.
En réalité, le lac municipal est le syndrome drolatique parfait du mal camerounais : on lance un grand projet, on finance mal, on pose la première pierre, on exécute mal, on livre petit et très en retard.
Pourtant avec 38 milliards de FCFA, on aurait pu construire deux hôpitaux de référence. Mais on a choisi de maquiller un lac, juste pour du folklore.
La question qui s’impose avec acuité en cette veille de rentrée 2026 est de savoir si ce nouveau pactole de 4,1 milliards va enfin rendre le projet opérationnel ou va-t-il couler comme les précédents ? Bien malin sera celui qui peut répondre.
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