RETOUR DE PAUL BIYA : CHRONIQUE D’UNE ABSENCE QUI EN DIT LONG
Parti le 7 juin pour un court séjour privé à l’étranger, Paul Biya a regagné Yaoundé le 21 Août 2026 après 74 jours. La plus longue absence de ses 43 ans de règne. Une situation qui a drainé émotions et motions, sans jamais faire l’unanimité.
Chronique d’une absence qui en dit long.

Par Jean Claude Fouda Yene
74 jours…74 jours que le Cameroun a vécu sans voir son Président qui de ce fait marque son plus long séjour hors du pays. Parti le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », Paul Biya est rentré le 20 Août 2026. Enfin. C’est un ouf de soulagement.
74 jours, ce n’est pas une simple parenthèse. C’est presque le temps d’un trimestre scolaire voire universitaire. C’est le temps d’une saison agricole. Pratiquement une éternité pour un pays qui compte ses coupures d’eau et d’électricité au quotidien. Pour un pays qui voit les tas d’immondices prendre des proportions inquiétantes dans nos grandes villes. Pour un pays où la vie est de plus en plus chère et le panier de la ménagère maigri chaque jour comme une peau de chagrin.
Et c’est ce qui rend cette absence si parlante.
Elle en dit long d’abord sur notre système institutionnel. Pendant 74 jours, l’État a continué de fonctionner visiblement en mode perfusion, selon certains observateurs de la sphère politique.
Les budgets semblent non exécutoires, les ministres ont pourtant signé ce qui devait l’être, l’administration a tourné tant bien que mal. Mais tout le monde sait que les vrais arbitrages, ceux qui débloquent une situation ou un chantier, qui apaisent une grogne, qui tranchent une crise, qui mettent tout le monde d’accord, attendaient le retour d’un seul homme: Paul Biya.
Cette absence a été, à n’en point douter, le révélateur le plus brutal de notre hyper-centralisation du pouvoir par « l’homme du 6 novembre 1982 ». Un pays d’environ 30 millions d’habitants en suspens pendant 74 jours.
Cette absence en dit long ensuite sur la carence de la communication étatique, avec ses tars et avatars : 74 jours sans une image officielle, sans une voix, sans une preuve de vie autre que des démentis. Il aurait fallu que le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, rassure sur une radio étrangère que le Président « est en vie ».
Dans un monde d’images, gouverner par l’absence et le silence est devenu intenable. Le vide n’est jamais vide. Il se remplit de rumeurs, de fantasmes, de peurs. Et pendant 74 jours, le Cameroun s’est nourri de cela.
Cette absence en dit long, enfin, sur l’attente. Car au début, il y a eu l’impatience. « Quand rentre-t-il ? ». Puis l’interrogation. « Que fait-il? ». Enfin, et c’est le plus inquiétant, la lassitude. Cette « attente lasse » que l’on a entendue à Limbé, à Yaoundé, à Bonabéri, à Bamenda et autres localités. Ce n’était plus de la colère. C’était de la résignation en lieu et place de la résilience. Comme si l’absence au sommet de l’État était devenue normale.
Le Président est donc rentré. Mais les problèmes, eux, n’étaient jamais partis.
La vie chère qui étrangle les ménages est toujours là. Les coupures d’eau et d’électricité qui plongent les populations dans le noir à 19 heures sont toujours là. L’angoisse des élections législatives et municipales se fait pressante à quelques mois. Sans date claire.
La fierté blessée de ne pas avoir vu le Chef de l’État accueillir nos Lionnes sacrées à la CAN Maroc est toujours là.
Le retour ne peut donc pas être une simple arrivée à Nsimalen. Il doit être un retour au réel.
Les Camerounais n’attendent plus de savoir où était le Président pendant 74 jours. Ils veulent savoir où va le pays pendant les 74 prochains jours.
Le Président est de retour. Et maintenant, c’est à lui de faire revenir la confiance effritée.
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