GAROUA : LE PORT AUTONOME RETROUVE SA SOUVERAINETÉ DE GESTION
Le Port Autonome de Garoua met le cap vers une souveraineté de gestion.
Vingt-trois ans après le décret présidentiel de 2003, une étape cruciale a été franchie ce jeudi 2 avril 2026. Sous l’impulsion du Préfet de la Bénoué, Oumarou Haman Wabi, les autorités s’attaquent de front à l’informel pour restituer à la Communauté urbaine de Garoua (CUG), les rênes de son joyau fluvial.

L’image est forte et le symbole, historique. Ce jour, la salle de réunions de la Préfecture de Garoua sert de cadre à une « concertation de la dernière chance » pour le Port Autonome de Garoua. Autour de la table, un constat partagé par les autorités administratives, sécuritaires et techniques : le port, autrefois poumon économique du Grand Nord, est devenu le terrain de jeu privilégié des réseaux de contrebande et du secteur informel.
La fin d’une « vacance managériale »
Depuis le décret N°2003/335 du 09 décembre 2003, le transfert de compétences vers la Communauté urbaine de Garoua est resté en suspens, créant un vide dans lequel se sont engouffrés les trafics en tout genre. Le Préfet Oumarou Haman Wabi a été un peu plus clair : « Il faut restaurer l’autorité de l’État et de la CUG sur un périmètre stratégique s’étendant de Bardaké à Lagdo ».
« L’autorité portuaire doit assurer l’effectivité d’une équipe d’urgence. Le directeur du port doit pouvoir agir sur l’ensemble de la zone de mouillage pour sécuriser les flux », a martelé le Lieutenant-colonel, Inoussa Padam, représentant la Marine marchande.

Contrebande et évasion fiscale : les plaies à panser
Au-delà de l’aspect administratif, c’est une véritable hémorragie financière que subissent les caisses publiques. Touna François, Chef d’antenne de l’Autorité Portuaire Nationale (APN), a dénoncé la multiplication des points d’accostage clandestins. Situés à des dizaines de kilomètres du centre-ville, ces ports de fortune permettent aux marchandises d’entrer et de sortir sans s’acquitter des taxes réglementaires.
L’équation est complexe : comment attirer les navires alors que le fleuve Bénoué s’ensable et que les revenus s’évaporent ? La réponse réside dans la SND30 (Stratégie Nationale de Développement), qui prévoit une modernisation profonde des infrastructures pour rétablir la navigabilité vers le Nigéria voisin.

Une feuille de route en trois piliers
Pour sortir de l’impasse, le Préfet a tracé une ligne de conduite rigoureuse articulée autour de trois axes :
La nomination urgente d’une équipe technique et administrative par la CUG, une synergie accrue entre les forces de défense et les services de sécurité pour neutraliser les réseaux illicites et une identification formelle de tous les acteurs, y compris les pirogues artisanales, souvent maillon faible de la chaîne de sécurité.
En plaçant la Communauté urbaine devant ses responsabilités, le Préfet de la Bénoué ne se contente pas de réorganiser un service public; il lance un défi de développement à toute la région. Si le port parvient à muter de « Zone de non-droit » à « Carrefour d’échanges formels », c’est tout l’équilibre économique du septentrion qui s’en trouvera transformé.
Désormais, les regards se tournent vers l’Hôtel de Ville de Garoua. La volonté politique est là, le cadre légal est ancien, mais l’action, elle, doit être immédiate.
À retenir :
• Zone d’influence : De Bardaké à Lagdo.
• Objectif : Transition de l’informel vers une gestion souveraine par la CUG.
• Priorité technique : Réhabilitation des voies navigables et lutte contre l’évasion fiscale.
Armel Mando
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