LE CAMEROUN À L’ÉPREUVE DES NON-ALIGNÉS : 65 ANS APRÈS
«L’héritage du non-alignement : leçons pour le monde d’aujourd’hui». C’est sous ce thème hautement interpellateur que s’est tenue du 31 août au 01er septembre 2026 en Serbie, la commémoration du 65ème anniversaire du mouvement des non-alignés. Le Premier ministre, Chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, représentait le Chef de l’État, Paul Biya, à ces assises de haut niveau. Symbolique et pertinence pour le Cameroun.

Par Jean Claude Fouda
Discuter de l’égalité souveraine, du principe de non-ingérence et du renforcement de la coopération économique entre les pays en développement face aux tensions géopolitiques actuelles.
C’est en substance, la pertinence de ces assises qui ont duré 02 jours à Belgrade, capitale de la Serbie.
Ce rendez-vous ô combien significatif à plusieurs titres marque les 65 ans de la toute première conférence historique qui s’y est déroulée en septembre 1961. C’est dire la symbolique hautement évocatrice et interpellative qui concourt à cet événement.
Ils étaient donc à Belgrade pour célébrer 65 ans de non-alignement. Un principe qui condamne la vassalité. Surtout en ce moment où le monde redevient bipolaire.
120 pays regroupés autour d’un même idéal. Pour certains africains, le Maroc demande la modernisation, le Mali rappelle que la souveraineté a un prix, l’Algérie s’accroche à l’héritage de Bandung. Dans ce kaléidoscope,
le Cameroun, membre fondateur, gagnerait à se souvenir de ce que veut dire être souverain.
Et le discours actuel est le même : comment exister quand les grands s’affrontent ? D’un côté, l’Occident qui sanctionne, donne des leçons de démocratie tout en fermant ses frontières. De l’autre, la Russie vend des armes et du blé; pendant ce temps la Chine construit des routes et des dettes.
Et au milieu, l’Afrique qu’on drague, qu’on menace, qu’on achète et qu’on spoli. Et c’est là que la question devient camerounaise.
Que veut dire être non-aligné pour le Cameroun?
Est-ce recevoir le FMI à Yaoundé le matin et signer avec Pékin l’après-midi ? Est-ce condamner la guerre en Ukraine tout en achetant du blé russe à prix cassé ? Est-ce accepter des dons chinois sous une dette transgénérationnelle abyssale maquillée?
Si c’est le cas, c’est ni plus, ni moins que de la navigation à vue. C’est de la fébrilité diplomatique.
Le vrai non-alignement de 1961, c’était d’abord une discipline intérieure. Car comment parler de souveraineté nationale à Belgrade quand à Yaoundé, 113 directeurs généraux et présidents de conseil d’administration exercent en violation flagrante de nos propres lois? Comment convoquer le droit international quand on piétine sa propre légalité ? Comment demander le respect du multilatéralisme quand des milliards de FCFA s’évaporent dans des entreprises publiques en faillite technique?
Le non-alignement n’est pas une posture pour quémander un peu d’aide à l’extérieur. Selon Modibo Keita, ancien président malien, le non-alignement, c’est l’école, la santé, l’industrialisation et la capacité à dire non parce qu’on a construit le pays.
In fine, être non-aligné en 2026, ce n’est plus choisir entre deux blocs. C’est choisir entre la dépendance et la construction. Entre continuer à importer ce que nous consommons et à exporter ce que nous ne transformons pas, ou enfin oser la transformation locale pour éviter le diktat d’un autre pays.
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