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LE PARADOXE DES BARRAGES ET DÉLESTAGES RÉCURRENTS

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LE PARADOXE DES BARRAGES ET DÉLESTAGES RÉCURRENTS

Le Cameroun est présenté de nos jours comme le « Château d’eau » de l’Afrique Centrale. Avec plus de 300 milliards de m3 d’eau et un potentiel hydroélectrique estimé à 23 000 MW, le pays est le 2ème potentiel du continent. Et pourtant, dans presque tous les quartiers de Yaoundé, Douala, Bafoussam et autres localités, c’est la même rengaine :  » Il y a délestage ».

Comment expliquer ce paradoxe ? Un pays riche en énergie, mais où les délestages sont devenus une habitude.

Le Cameroun produit aujourd’hui environ 1 600 MW de capacité installée. Les grands barrages de Song Loulou, Édéa, Memve’ele et Nachtigal devraient couvrir les besoins.

Mais dans la réalité, les indicateurs sont implacables:

1. Une demande qui explose avec plus de 7% par an avec la croissance démographique et l’industrialisation;

2. Le réseau est vieillissant et favorise 40% des pertes d’énergie fondées sur le réseau de transport et de distribution. Raison pour laquelle toute l’énergie produite n’arrive pas jusqu’aux domiciles;

3. En saison sèche, le niveau des barrages baisse. La production hydro chute de 30% alors que la demande augmente avec notamment l’usage accru des ventilateurs et climatiseurs.

On peut donc aisément comprendre que les délestages ne sont pas un hasard. Ils sont le symptôme de 4 maux structurels :

• Le sous-investissement dans le transport : produire de l’énergie à Nachtigal dans la région du Centre ne sert à rien si les lignes haute tension pour l’amener à Maroua dans l’Extrême-Nord ou Buea dans le Sud-Ouest sont saturées ou inexistantes;

• Les dettes et impayés : les factures impayées des administrations et des grandes entreprises plombent la trésorerie du distributeur. Conséquence logique, moins d’argent égal à moins d’entretien et donc plus de pannes;

• Maintenance préventive insuffisante : on répare quand ça casse, au lieu d’anticiper. Un transformateur grillé peut plonger un quartier dans le noir pendant 2 semaines;

• Gouvernance et vandalisme : vols de câbles, branchements frauduleux, contrats peu transparents. Tout ça alourdit le coût et fragilise le système.

Les retombées de cette situation 

Les conséquences vont au-delà du simple inconfort :

Sur le plan économique : les PME dépensent 20 à 30% de leur budget en carburant pour les groupes électrogènes et deviennent moins compétitives.

Au plan social : hôpitaux, écoles, commerces, étudiants fonctionnent à la bougie. La qualité de vie se dégrade.

Or un pays qui veut attirer les investisseurs mais qui n’arrive pas à garantir le courant 24h/24 envoie un mauvais signal.

Des pistes de solutions sont explorables

Pour essayer de sortir de ce cycle paradoxal, il faut des mesures fortes et pragmatiques sur les court – moyen et long termes:

1) Diversifier le mix énergétique en allant au-delà de l’hydro. De ce fait, il faut davantage développer le solaire, surtout dans le Grand Nord, et le gaz pour sécuriser la saison sèche;

2) Moderniser le réseau électrique en investissant massivement dans le transport et les compteurs intelligents pour réduire les énormes pertes actuelles;

3) Décentraliser le secteur en encourageant les mini-centrales solaires et hydro pour les zones enclavées. Ne pas tout centraliser;

4) Responsabiliser et communiquer : publier un calendrier de délestages fiable. Lutter contre les impayés, y compris de l’État;

5) Impliquer le privé : plus de concessions et de partenariats pour financer, construire et entretenir.

En définitive, le Cameroun n’a visiblement pas un problème de potentiel énergétique. Le pays a manifestement un problème de transformation de ce potentiel en courant stable et accessible.

En d’autres termes, tant que la production, le transport et la distribution ne seront pas traités ensemble, les délestages resteront la face visible d’un paradoxe douloureux : un pays assis sur une rivière d’énergie, mais qui vit à la lampe torche.

Jean Claude Fouda Yene

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Rédigé par
Jean Claude Fouda Yene - Directeur de publication

Journaliste, Diplômé en Arts et Techniques de l’Audiovisuel, Expert en Communication des OSC, Promoteur Élémenterres.net Tél. 695 42 91 71 (WhatsApp) / 681 49 79 18

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