FECAFOOT : LE NOUVEAU SIÈGE EST LÀ, LA POLÉMIQUE AUSSI…
L’inauguration du nouveau siège de la FECAFOOT est prévue pour le 13 mai 2026 à Yaoundé, au quartier Warda. Ce bâtiment moderne symbolise la refondation de la fédération et doit améliorer les conditions de travail des équipes techniques et administratives. La cérémonie réunira des personnalités du football camerounais, des représentants de la CAF et de la FIFA, ainsi que des autorités publiques. Un événement qui délie les langues et fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Parfait Siki, ancien Secrétaire général par intérim de la FECAFOOT, en profite pour parler de ce nouveau siège et du centre technique d’Odza.

« A sa prise de fonctions le 11 décembre 2021, le nouvel exécutif trouve sur sa table deux projets d’infrastructures en cours : le Centre technique d’Odza et l’immeuble-siège.

À PROPOS DE L’IMMEUBLE SIEGE DE WARDA
Le projet est lancé en 2010 par Iya Mohammed grâce aux fonds issus de la Coupe du monde de la même année en Afrique du Sud. Au terme d’un appel d’offres, l’entreprise Guimar est sélectionnée pour un coût de construction hors taxes de 1,5 milliard. Les travaux s’arrêtent peu après l’embastillement de Iya Mohammed en 2013. Une regrettable occurrence qui reste comme le plus grand regret pour le monde du football.
Joseph Owona, président du comité de normalisation qui prend la suite évite ce projet, il n’est du reste là que pour écrire les textes, organiser les élections et gérer les affaires courantes, donc zéro investissement. Élu président de la FECAFOOT en 2015, Tombi à Roko Sidiki, ci-devant Sg de Iya Mohammed, regarde le dossier s’enliser et fait le choix d’autres projets : la construction de nouveaux stades à Bafia, Bangangté, Bamenda et Sangmelima, qu’il n’achèvera malheureusement pas.
En septembre 2017, Me Dieudonné Happi, un autre normalisateur, arrive avec la même restriction de ne s’occuper que des textes, des élections et des affaires courantes.
En janvier 2019, Seidou Mbombo Njoya, élu un mois plus tôt sur la promesse, entre autres, de terminer la construction de l’immeuble-siège, découvre le bourbier que ce projet est devenu. Il commet un audit et découvre l’imbroglio : Guimar avait déjà perçu 900 millions du montant de 1,5 milliard représentant le cout total pour une consommation des délais largement dépassée. Sur le terrain, seulement 90% du gros œuvre est réalisé.
Pour terminer les travaux, Guimar évalue le reste à exécuter à 2,4 milliards. Inacceptable pour la FECAFOOT, qui entreprend de résilier le contrat avec Guimar. Un long feuilleton judiciaire s’ouvre qui s’achève par la victoire de la FECAFOOT.
Pour finir les travaux, la FECAFOOT lance deux opérations : une envers la FIFA pour trouver les financements auprès du guichet à taux zéro ouvert par l’instance faîtière du football mondial pendant la période Covid, et l’autre en termes d’appel d’offres pour le parachèvement de l’immeuble-siège.
Les deux opérations sont rondement menées, et la jonction entre la FECAFOOT, la division financière de la FIFA et PAC International, l’entreprise choisie, est faite.
La FECAFOOT pose le problème de la capacité de remboursement du prêt accordé par la FIFA et suggère que des appartements locatifs soient ajoutés au projet initial. PAC International fait des propositions d’aménagement qui intègrent l’’augmentation de deux étages permettant à la FECAFOOT de générer des recettes locatives de 30 millions mensuels. La FIFA approuve. Durée du chantier : 12 mois. Coût global : 4 milliards, tout équipé, les employés de Tsinga ne devant prendre qu’ordinateurs et photocopieuses pour rejoindre le nouveau siège. L’ancien devant être dédié à la Ligue régionale du Centre et aux Ligues spécialisées (foot pro, foot féminin et foot jeunes).
PAC International, mis en confiance par la FIFA, lance les travaux sur fonds propres. Seidou Mbomb Njoya hésite à signer l’accord de prêt avec la FIFA avant les élections à la FECAFOOT annoncées en décembre 2021. Il hésite à rapatrier les 650 millions de FCFA épargner dans le compte de la FECAFOOT auprès de la FIFA pour financer la quote-part de Tsinga dans le projet. Il hésite parce qu’il est travaillé par une question d’honneur : son élection de décembre 2018 a été annulée par le TAS et se sent d’une légitimité faible pour engager un si gros chantier. L’élection qui arrive va le légitimer pleinement pour lancer les travaux du projet. Seidou Mbombo Njoya sera défait le 11 décembre 2021, ce qu’il n’avait pas envisagé.
Samuel Eto’o trouve ce projet prêt sur sa table. Mais il est rongé par la soupçonnite pour toute l’œuvre de son prédécesseur. Il décide de rompre l’accord avec PAC International et engage un bras de fer qu’il perd. PAC International est solidement implanté dans le système dirigeant et frappe aux mêmes portes que le président de la FECAFOOT. De guerre lasse, il trouve un accord a minima avec l’entreprise pour terminer les travaux. Quatre années ont été perdues.

À PROPOS DU CENTRE TECHNIQUE D’ODZA
Situé à la sortie sud de Yaoundé, sur la route qui mène à l’aéroport de Nsimalen, le centre technique avait été voulu comme le Clairefontaine de la FECAFOOT par Iya Mohammed, décidément un bâtisseur. Grâce aux fonds du projet FIFA Goal, le site de 6 hectares avait été acquis et la construction d’infrastructures engagés pour un coût de 600 millions de FCFA.
Mais le résultat ne fut pas à la mesure des ambitions. Seulement une pelouse de gazon synthétique et deux bâtiments avaient vu le jour, brisant ainsi le rêve d’avoir un centre technique de référence en Afrique centrale. Seidou Mbombo Njoya, élu le 12 décembre 2018, décide de relancer la construction de ce centre. Sous normalisation pendant 18 mois, la FECAFOOT avait été placée sous restriction financière et les financements de la FIFA gelés. Aussitôt l’élection du nouvel exécutif actée par l’instance faîtière internationale, cette dernière a repris les financements pour le fonctionnement et les investissements.
La FECAFOOT plaide pour que tous les fonds gelés pendant la période sous restriction lui soient accordés en régularisation, ce que la FIFA accepte. Ainsi va renaître l’ambitieux projet du Centre technique d’Odza. Ce sont deux composantes en deux phases: la première phase englobe l’hôtel de luxe, la réhabilitation des deux bâtiments en place, le remplacement du terrain en gazon synthétique et la construction des blocs administratifs. La 2e étape devait consister en la construction de deux autres stades dont un en gazon naturel (les Lions seniors ne pouvant pas s’entraîner sur du synthétique), un stade de futsal, une piscine olympique. L’ensemble était prévu dans le plan de masse conçu par l’architecte ATECS.
Après un appel d’offres, l’entreprise GEMAT SAR se voit confier la construction de l’hôtel des Lions indomptables, du réfectoire et de l’administration pour 955 millions FCFA. EMERGING ENGINEERING CO Ltd construit les voies d’accès et les réseaux divers pour 680 millions FCFA. Le dernier lot, relatif à la construction du local électrique et de blocs toilettes, ainsi que la rénovation des bâtiments A et B, d’un montant de 176 millions FCFA, avait été attribué à GEMAT SARL. Coût total : 1,8 milliard de FCFA.
A l’élection de Samuel Eto’o le 11 décembre 2021, les travaux de la composante 1 sont en phase de finition. Le pelouse synthétique nouvelle génération est terminée. Les financements étant bouclés, les entreprises livrent le chantier quelques mois plus tard. La phase d’équipement, qui devait suivre la construction, pour rendre le Centre technique opérationnel avec son hôtel 5 étoiles pour les Lions et les Lionnes Indomptables et l’antre de la DTN, n’a pas été entrepris par l’exécutif de Samuel Eto’o.
La FECAFOOT s’est contentée d’exploiter l’infrastructure en l’état en organisant des matchs sur la nouvelle pelouse et quelques stages des sélections inférieures dans les nouveaux locaux sans jamais avoir donné corps à l’ambition de faire de ce lieu le Clairefontaine du Cameroun, alors qu’entre temps, les Lions ont participé à une Coupe du monde et trois Can avec d’importantes retombées financières, évaluée à 9 milliards de FCFA.
Il existait des options pour financer l’équipement du Centre technique et le rendre pleinement opérationnel : par exemple obtenir une avance de l’Etat, à récupérer sur les économies réalisées sur les frais d’hôtel des Lions désormais héberger au Centre technique pendant les regroupements au Cameroun. Rien n’a été fait.

LES LEÇONS D’UN CHOIX STRATÉGIQUE
L’achèvement du siège était un caillou dans la chaussure de la FECAFOOT et d’avoir réalisé les finitions de ce projet restera à jamais au crédit de l’exécutif actuel de la FECAFOOT. Mais les choix stratégiques opérés entre le Centre technique et l’immeuble siège renseignent sur le non-sens des priorités de la FECAFOOT actuelle.
Dans l’ambition affichée de redonner au football sa grandeur, il est indiscutable qu’un centre technique opérationnel, disposant d’un hôtel de luxe pour les sélections nationales, des salles de sport et d’atelier, des stades d’entraînement de football, de futsal et de beach soccer avec vestiaires, une piscine, un espace de travail pour la DTN, aurait été déterminant voire essentiel. Mais une telle œuvre structurante ne s’inscrit pas dans l’affichage et l’écume que provoque un siège situé en pleine ville, habillé de vitres réflectorisantes.
C’est dans l’ADN même de cet exécutif de privilégier l’apparence au travail de fond, de préférer mettre de l’argent pour finir un siège au détriment du financement du football amateurs et du football jeunes qui se meurent aussi ardemment qui vont pétiller les bulles de champagne des invités à l’inauguration à Warda. La FECAFOOT a un siège plus fidèle à la place du Cameroun mais le prix payé est trop lourd pour que le 13 mai soit un jour de fête pour le football camerounais. Et l’hypermédiatisation de la cérémonie d’inauguration ne peut combler la béance de déception des acteurs du football.
Comme un pied de nez aux agapes annoncées à Warda, l’élimination des Lionnes U20 de la Coupe du Monde féminine 2026 dimanche 10 mai vient rappeler l’échec du projet managérial et sportif de Tsinga ».
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