PÉNURIE DE GAZ : CHRONIQUE D’UNE ÉQUATION À PLUSIEURS INCONNUES
Producteur de gaz mais sans gaz. Depuis juin, le Cameroun vit une situation qui perdure et prend des proportions inquiétantes. Le manque de gaz domestique. Ce qui du reste, plonge nombre de ménagères dans le désarroi avec une pénurie manifeste que personne n’a voulue voir venir. Chronique d’une équation à plusieurs inconnues.

Depuis le mois de juin 2026, le Cameroun, pays producteur de gaz, n’a plus de gaz domestique dans les foyers. Un constat brutal. Plus incroyable encore, le Cameroun importe 80% du gaz qu’il consomme. Pourquoi ?
D’abord, parce que le gisement flottant, le Hilli Episeyo, le navire usine au large de Kribi dans la région du Sud a fermé. Après 8 ans, le gisement est vide. 600 milliards de pieds cubes partis. À lui seul, ce bateau assurait une bouteille sur trois au Cameroun. Sa fin était connue depuis 5 ans. Mais personne n’a préparé la suite.
Puis de nos jours, Bipaga, le champ gazier camerounais, le seul centre de traitement de gaz qui reste, produit 30 000 tonnes. L’on est ainsi obligé d’importer 150 000. Le trou est donc béant.
Deuxième coup, le leader SCTM s’effondre. Lui qui détient 38% du marché. La raison évoquée reste la dette. En effet, SCTM doit des milliards à la Société camerounaise des dépôts pétroliers, (SCDP), entité étatique qui stocke le gaz à Douala dans la région du Littoral. Conséquence, la SCDP a fermé le robinet il y a deux mois.
Résultat, Tradex est désormais numéro 1 pour la première fois de l’histoire.
Pour sortir de cette fâcheuse situation qui prend des proportions, l’État préconise des solutions qui jusqu’ici tardent à porter des fruits. Et qui par la même occasion affichent un certain nombre de paradoxes.
Tenez, un : on lance en urgence un appel d’offre pour importer 60 000 tonnes qui coûtent 22 milliards de francs. Soit 40% de ce qu’on importe en un an.
Deux : on augmente le stockage de Bonabéri. On passe de 2 500 à 3 500 tonnes. 1 000 tonnes de plus. Et pour un pays qui brûle 15 000 tonnes par mois, c’est 2 jours de consommation.
Trois : on demande à la CSPH de faire une réunion entre SCTM et ses créanciers. On ne paie pas la dette, on organise une réunion. Tant que la dette n’est pas payée, pas de gaz SCTM. Le marché reste amputé de 38%.
Et pendant ce temps, les ménagères souffrent dans leur chaire.
La question n’est pas de savoir pourquoi il y a pénurie. La question est pourquoi on est surpris. La fin de contrat du Hilli Episeyo était pourtant connue.
Au bout du compte, la vraie solution n’est pas d’importer. C’est de produire à Etinde, de trancher le cas SCTM et de construire un vrai stockage. Sinon, nous sommes encore loin de la fin de ce calvaire.
Jean Claude Fouda Yene
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