COMPLEXE D’OLEMBE : LE PRIX DU DÉSHONNEUR
Plus d’une centaine de milliards de francs CFA engloutis, un hôtel fantôme sous les gradins, un stade non homologué et 8 morts. C’est le sombre tableau que présente le projet de Complexe sportif inachevé d’Olembe à Yaoundé. Un ouvrage qui allie toutes les controverses. Plus qu’un chantier, c’est le symbole d’un État qui paie le prix d’un déshonneur.
Olembe n’est plus un complexe. Encore moins un stade. C’est un aveu d’échec fracassant.
Près de 10 ans de chantier
Environ 155 milliards de FCFA de dépenses consommées à ce jour. Soit Groupe Piccini, premier constructeur : 113 milliards de FCFA avant la résiliation de son contrat. Magil Construction Corporation, entreprise canadienne pour les finitions : 42 milliards de FCFA perçus. Contentieux additionnel et condamnation par le CIRDI (le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements) à verser près de 51,5 milliards de FCFA à Piccini à la suite d’un litige sur la rupture du contrat. Et puis
l’Office national des infrastructures et des Équipements sportifs qui attribue un marché de 3,455 milliards de FCFA à la société AMA Consultant pour une mission d’assistance. Objectif, piloter et contrôler l’achèvement des composantes non finies du complexe sportif d’Olembé.
Au regard de ce qui précède, on ne construit plus. On creuse un gouffre abbysal.
Et curieusement, on veut justifier maladroitement l’injustifiable. En effet, le Pr Cyrille Tollo, Conseiller technique N°2 au MINSEP, a entamé le 13 septembre dernier, une visite de communication.
Il parle d’un stade « unique au monde ». C’est le cas. Car, unique par son coût : plus d’une centaine de milliards. Unique par sa durée : toujours en chantier. Unique par ses pénalités : des dizaines de milliards d’amendes.
À date, on y retrouve un hôtel 5 étoiles, sous les gradins à 40%. Non meublé. Un centre commercial de 18 000 m2 à 50%. Une piscine olympique qui n’a jamais vu une goutte d’eau. Un stade de 60 000 places non homologué par la CAF.
Mais des indicateurs révoltants.
Coût initial 2015 avec Piccini : 163 milliards. Contrat résilié unilatéralement en 2019.
Pendant ce temps, coût Ébimpé en Côte d’Ivoire, même capacité : 143 milliards FCFA, livré en 4 ans. 8 matchs officiels depuis l’inauguration. Et le 24 janvier 2022, huit morts dans une bousculade à l’entrée sud.
Et c’est loin d’être terminé. Mais le Cameroun paye déjà le prix de l’amateurisme.
Olembe n’est pas un échec technique. C’est le prix du déshonneur. Le déshonneur d’un pays qui préfère payer deux fois : Une fois pour ne pas construire, une seconde fois pour être condamné. Et c’est le contribuable qui en pâti.
À coup sûr, le complexe sportif dit d’Olembe est le plus grand scandale financier de la décennie.
Jean Claude Fouda Yene
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