DÉLESTAGES ÉLECTRIQUES : LE CALVAIRE DU SEPTENTRION
Alors que les populations du Grand-Nord Cameroun croyaient avoir définitivement tourné la page des délestages électriques intempestifs, le constat sur le terrain vient de doucher leurs espoirs, en les ramenant à la cruelle réalité.
En effet, depuis plusieurs jours, l’obscurité a repris ses quartiers dans le Réseau Interconnecté Nord (RIN), laissant des millions de Camerounais dans une incertitude croissante.
À Garoua et ses environs, la saison sèche ne fait pas de cadeaux. Le thermomètre stagne au-delà des 32 °C, transformant les habitations en véritables étuves. Sans ventilation, les nuits deviennent une épreuve physique insupportable pour les familles.
Le secteur de l’éducation est, lui aussi, en première ligne. Et les élèves en pâtissent. À la lueur vacillante des lampes torches ou des téléphones portables, ils tentent désespérement tant bien que mal, de réviser leurs leçons. « On nous avait promis que le solaire réglerait tout, mais aujourd’hui, on revient au système D », confie un parent d’élève dépité.
Le paradoxe de Lagdo et les failles du réseau.
Comment expliquer ce retour en arrière ? Deux facteurs principaux sont pointés du doigt par les experts :
• Le déficit hydrologique : le barrage de Lagdo subit une baisse critique de son niveau d’eau, limitant sa capacité de production.
• La maintenance technique: les travaux de remise à niveau sur le Réseau Interconnecté Nord (RIN) imposent des coupures ciblées.
Pourtant, l’équilibre entre l’offre et la demande semble plus précaire que jamais, malgré les injections d’énergie thermique et les récentes infrastructures solaires.
Des promesses à l’épreuve du calendrier
On se souvient qu’en décembre 2024, le gouvernement avait sorti l’artillerie lourde : une enveloppe de 6 milliards de FCFA pour l’extension des centrales de Maroua et Guider. Le projet, ambitieux, prévoyait :
• 1 040 trackers solaires pour suivre la course du soleil.
• 52 000 panneaux bifaciaux à haute performance.
• Des batteries au lithium-fer-phosphate pour stocker l’énergie et éclairer les foyers une fois la nuit tombée.
L’entrée en service progressive, amorcée en juillet 2025, devait sécuriser le réseau. Mais en ce mois de février 2026, le constat est amer : entre les annonces officielles et l’interrupteur qui reste sans effet, le fossé se creuse.
Si les investissements sont réels, la dépendance au climat et les retards de maintenance rappellent que la transition énergétique du Grand-Nord reste un chantier de haute lutte.
Armel Mando
Correspondant Garoua / Cameroun
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